Le (vrai) voyageur ne sait pas où il va.

Un aventurier sait-il où il va ?
Étrange question !
Pas vraiment, ou alors, seulement au dernier instant, jamais avant.
L’aventure, c’est quoi, c’est où, c’est comment ?
Attends, regarde, là, au coin de la rue, elle vient juste de passer, court, mais court donc te dis-je, court pauvre fou, rattrapes-la ou tu le regretteras !

Un jeune garçon, un peu précoce, curieux et souriant, un jeune garçon donc, a dit à propos de moi : « il est développé, c’est l’homme du futur parce qu’il est super intelligent, personne ne se fixe des défis comme ça de nos jours. »
Un défi, quel défi ?
Ah ah ah, je vous voir venir, vous vous imaginez monts et merveilles, mais souvent, l’aventure est juste au coin d’un sourire, d’une idée, il suffit de la voir et de la saisir, de la provoquer.
Alors quoi, bien qu’impressionné et ému par les mots de ce petit d’homme, qu’ai je fais de si fou ?

Du vélo, rien que du vélo, des heures et des heures de vélo… laissez-moi vous expliquer :
Quand je suis arrivé en Nouvelle-Zélande, mon but était de faire le tour des deux iles en vélo, de prendre une année pour cela et de me laisser doucement baguenauder par les rencontres.
Las, si j’avais trouvé le vélo, j’y ai aussi trouvé une dame et pour une fois, il me semblait que l’aventure à deux, sentimentale, était presque, voire plus intéressante, que l’aventure, seul, physique et sportive.
Le vélo est donc resté au garage, tout comme mes envies de cyclotourisme.

Retour en Europe, toujours la bougeotte, ça ne s’arrête pas ces choses-là. Et puis, mon vélo vient d’arriver par transport aérien, alors autant en profiter, que puis-je faire avec ?
Tiens, je vais chez ma mère à Marennes, 300 kilomètres au sud vit ma grand-mère chez qui je dois me rendre.
En voiture ? Je n’en ai pas à disposition, et puis ce ne serait pas drôle !
Y aller en train, c’est long et fastidieux, différents changements, temps d’attente, onéreux, et puis elle vit à 40 kilomètres de la gare et ne conduit plus, il me faudrait finir en vélo.

Mais ? Mais ? Mais ? Pourquoi ne faire que finir ? Pourquoi ne pas aussi commencer ? Pourquoi ne pas faire tout le trajet en vélo ?
Mon esprit s’emballe, le projet me plait. Je n’ai jamais pédalé sur d’aussi longues distances, 80 kilomètres au mieux entre Marseillan et Montpellier, alors 300… bigre.
Mais après tout, ils font bien plus au tour de France, et puis je suis sportif, il me faut juste de l’endurance et de la volonté !
Voyons, si je coupe cette distance en deux, qu’ai-je au milieu ? Cap Ferret et Bordeaux… Justement des amies de St-Barth y vivent… Bam boum badaboum, envoie de courriels, rendez-vous prit, et voici comment une folie devint réalité ! Voici, comment transformer un trajet monotone en promenade aventureuse !

Mais ? Mais ? Mais ? Pédaler 150 kilomètres deux jours de suite… je vais morfler, et puis il faut partir tôt, pas beaucoup de soleil mi-novembre, mince, j’aurai pu choisir une meilleure période, attendre la belle saison, c’est que je suis frileux moi… allez, les excuses sont faciles à trouver, la défaite est aisée, la victoire se mérite…. En route mauvaise troupe !

 

Jour 1, de Marennes à Lège-Cap-Ferret
Je dois faire attention, en cette période de l’année les journées sont courtes, lever de soleil à 8 h et coucher à 17 h 40, je ne dois donc pas chômer en chemin et surtout partir tôt, à l’aurore.
Mais quel délice que d’être déjà sur la route quand le soleil se lève, de le voir dissiper la brume hivernale, réchauffer l’herbe gelée par les frimas nocturnes !
Quel délice surtout et quelle impatience de le voir monter dans le ciel, c’est que l’air est tellement frais que j’en ai du mal à tenir mon guidon, mes mains restent plus souvent au fond de mes poches, mes orteils sont gelés, j’avais oublié ce que c’était que d’avoir vraiment froid ! Réflexion faite, je ne suis pas sûr que cela m’ait manqué !

Cette aventure n’est pas que physique, elle est aussi — vous pouvez-vous gausser — humaine : en effet, je m’interdis le smartphone, assez de ce petit objet et de son Galileo intégré, savons-nous encore lire une carte, savons-nous encore demander aux (rares) passants notre chemin et surtout, surtout, acceptons nous encore de nous perdre ?!
Ainsi, me revoilà coureur dans les bois, apprenant la course d’orientation et comment tenir une carte et une boussole, comment lire la course du soleil dans le ciel et le relief sur du papier.
Me revoilà jeune adulte préparant mon itinéraire en voiture, notant les noms de bourgs à traverser, les numéros des routes, des points remarquables.
Me revoilà marin, préparant ma navigation, réfléchissant à mon cap, au soleil, notant les amers, les solutions de replis et le régime des vents.
J’adore !

Marennes, Le Gua, Saint Sulpice de Royan, Royan, la route défile, j’arrive rapidement à ma première étape, la traversée de la gironde, il me faut prendre le bac pour rejoindre le Verdon sur Mer. Le bac est à 10 h, j’ai une quarantaine de minutes à attendre, c’est que j’ai pédalé plus vite que prévu, j’en profite pour me coller au radiateur et me réchauffer. Glacial vous dis-je !

Une courte traversée, un chocolat chaud, le soleil est maintenant haut dans le ciel, j’ai presque chaud, bonheur !
C’est reparti, me voici a Soulac sur Mer, Montalivet, Hourtin Plage, l’Océan sur ma droite, l’air est frais, je pédale d’un rythme soutenu dans la pinède, ici point de route, mais la velodissey (si vous ne connaissez pas je vous invite à cliquer ici) grande piste cyclable perdue dans la nature, c’est agréable.
L’Océan encore, décidément il m’appelle, je l’aperçois entre les dunes, les vagues sont magnifiques, ma respiration se cale avec la sienne, j’aime ce rythme.

Hourtin Plage, la piste bifurque vers l’Est, s’éloigne donc de l’eau… dommage.
Et puis zut, je tourne plein Ouest, pédale jusqu’au sable, il ne sera pas dit que… et me voici nu à courir dans l’eau, que voulez-vous, l’Océan pour infini, une plage vide, immense, à perte de vue, il me fallait bien en profiter !
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Se perdre et se reperdre dans les bois, tourner après le mauvais pin maritime, faire 5 kilomètres pour l’amour de se perdre, revenir sur ses pas et prendre à gauche. Où était-ce à droite ? Hum, aucun panneau, nous irons donc plein Sud.

Lacanau, Le Porge et sans que je m’en rende compte Lège-Cap-Ferret n’est qu’à une dizaine de kilomètres, il n’est que 15 h 30, je suis en avance…
Alors je ralentis, après tout je viens de traverser des lieux qui m’étaient inconnus, des lieux de vacances dont adolescent j’entendais les noms, des noms qui me laissait rêveur, dubitatif, envieux même parfois… Je viens de traverser des villes fantômes, ensablées, ou seules quelques irréductibles restent à l’année. Ville saisonnière, de villégiature, est-ce cela ma France ?


Nous sommes mi-novembre et j’ai pris des coups de soleil, je suis tout bronze, ça fait sourire mes hôtes du soir.
J’ai plaisir à les retrouver, deux ans que je ne les avais pas vus, que de chemin parcouru, d’expériences et de choses à raconter, à apprendre. La vie est chouette chez les amis.

146,04 kilomètres, 5 heures et 52 minutes à pédaler à une vitesse moyenne de 26 km/h. Un sandwich jambon fromage, 5 carres de chocolat noir, une mandarine, une banane, 3 litres d’eau. Deux cyclistes rencontres, 20 minutes de pédalage de concert, un chien évité de justesse, aucune courbature, heureux.

 

Jour 2, de Lege Cap Ferret a Poyartin,
6 h 40, pourquoi se lever, il fait moins quelque chose dehors, la pelouse est blanchie par le givre, la couette est si chaude et pédaler 8 heures dans le froid, si hier cela me semblait de l’exploit et me ravissait, maintenant cela me semble de la stupidité… je vous l’ai dit, c’est facile d’abandonner, heureusement, l’orgueil et le courage sont là !

8 h, départ, le soleil se lève à peine, je ne le vois pas encore, il fait froid, vraiment. Je ne peux pas tenir le guidon de mes mains, je ne peux pas sortir mes mains de mes poches, à peine dehors, mes doigts deviennent gourds et gelés, au chaud ils sont mieux, mais alors, qui pilote le vélo ?

10 h, décidément, le soleil ne veut pas passer la ligne d’horizon, ou alors serait-ce la cime des arbres qui est trop haute ?! Rendez-moi ma forêt amazonienne !

11 h 30, enfin, du soleil, je m’amuse à slalomer d’une tache de lumière a l’autre, cherchant là où il perce le feuillage d’autonome, pour me réchauffer, pour savourer chacun de ses rayons. Enfaîte, je ne m’amuse pas, c’est une question de survie, je le cherche et le traque !
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12 h, je suis perdu. À gauche, à droite, rien. Je ne sais quelle direction prendre, alors j’en profite pour me reposer, me délasser, m’étirer et manger, le soleil a maintenant prit possession du ciel, il chauffe l’air alentour, je respire, et savoure le calme de la nature.
Du calme ? Rire, non, point ici, la vie frémit de toute part autour de moi, bruisse et rugit, ça m’avait manqué.
À peine 10 minutes, que passe un chasseur, surpris de me trouver ici, encore plus surpris de ma tenue légère de cycliste « que veux-tu mon gars, je fais avec ce que j’ai ! » Mais il m’indique le chemin, et me voilà reparti, encore 80 kilomètres.

Andernos les Bains, Biganos, Salles, Le Muret, Pissos, Trensacq, Sabres, Arengosse… J’en ai ma claque, qu’est-ce que je fais ici !? La prochaine fois, je prendrai le taxi. Je m’arrête toutes les heures, besoin de s’étirer, de marcher, de soulager les genoux douloureux, et surtout les fesses… mon royaume pour un short-cycliste !
Quand apparait Tartas !
Tartas, enfin, les 20 derniers kilomètres, moins d’une heure, on s’accroche, sur une balade aussi longue, ça se fait au moral, pas le moment de baisser les bras, un enfant t’a traité de héros, il faut assumer mon pote, jusqu’au bout…
159,92 kilomètres, 7 heures et 5 minutes, vitesse moyenne de 22,5 km/h (j’ai trainé en chemin dites-moi !), se perdre deux fois, retrouver son chemin par hasard, faire des rencontres sympas, sonner chez les gens pour remplir ses gourdes (2 fois), boire un café crème a une terrasse avec les anciens du village curieux de me voir passer, repartir, tomber, s’arrêter au bord de la route et danser parce que l’on en a vraiment assez, j’aime le vélo.

Poyartin, j’y suis, chez cette grand-mère que je n’avais vue depuis longtemps, heureux de nos retrouvailles, je vous écris et prépare mon itinéraire retour, Sabres, Pessac, Bordeaux, prendre le bac pour Blaye, peut-être se perdre dans les vignobles, Mortagne sur Gironde, Talmont, Royan et Marennes, 320 kilomètres en deux jours, il m’en faudra du moral pour tout ça !
Mais je l’ai déjà fait, alors je sais que je peux le refaire, encore et encore.

À la question pourquoi le faire ?
Parce qu’on le peut, parce que j’avais envie d’essayer, parce que ça me semblait fou, parce qu’avant ça aurait été considéré comme normal.

Est-ce que je le referais ?
Devant moi, les Pyrénées, j’en prends plein les yeux, du soir au matin. En me réveillant, ils sont là, nappés dans la brume, se découpant sur l’horizon, puissant et imposant.
Le soir le coucher de soleil les incendie, j’avais oublié combien la France était belle !
Le Pic du Midi de Bigorre, n’est qu’à 150 kilomètres, une petite journée de vélo, je vous le jure, je n’ai qu’une envie, ça me démange sévère, aller plein Sud et me perdre dans les montagnes pour n’en jamais revenir !

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Le plus dur, c’est toujours le premier pas, n’oubliez pas :
On ne va jamais aussi loin que lorsque l’on ne sait pas où l’on va. Christophe Colomb

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